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Abû Ali al-Farmadi (qu'Allah sanctifie son secret)

Abû Ali al-Farmadi (qu'Allah bénisse son secret)

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Par le Pr Dr Hasan Kamil YILMAZ
Faculté de théologie Marmara, Istanbul/Turquie



Abû Ali était de taille moyenne et avait un teint coloré, un aspect austère

et solennel, le front proéminent. Il possédait une compassion et une pitié

incomparables, semblable à la beauté et à la bonté divines qui gardent

la prédominance sur la rigueur ; mais, lorsqu’il prononçait le Nom Divin,

son front se fronçait de manière terrible. Ses yeux et ses cils étaient noirs

et sa bouche plutôt grande ; quand il parlait, il le faisait avec compétence

et son langage était net, sans toutefois donner de l’importance à l’éloquence

et à la rhétorique.

Le huitième maillon de la chaîne d’or des Maîtres est constitué par Abû Ali al-Farmadi ;

disciple d’Abû’l Qasim Qushayri, une personnalité exceptionnelle dans l’histoire

du Tasawwuf ; il fut à son tour le maître et le guide de l’Imam Ghazali.
Abû Ali al-Farmadi naquit à Farmez dans le Khorasan (1), non loin de

la ville de Tus, en l’an 407/1016. Son véritable nom était Fazl ibn Muhammad ;

son patronyme, Abû Ali.
En ce qui concerne son lieu de naissance, selon les sources liées à la langue turque,

on utilise le terme Farmedi à la place de Farmaz. Il étudia sous la guidée de savants tels

que Abû Abdullah Shirazi, Abû Mansur Bagdadi et Abû’l Hasan al Müzekki.

Durant ses années de jeunesse, il participa aux cours d’Abû Saïd Abû’l Khayr

à Nishapur. En se basant sur les renseignements fournis par Jami,

l’auteur du « Nafatâhu al-Uns », Farmadi reçut à Nishapur la reconnaissance initiatique

et le dhikr d’Abû Saïd Abû’l Khayr. Après le départ de ce dernier,

il poursuivit sa formation sous la conduite d’Abû’l Qasim Qushayri.

Ce dernier soigna sa formation dans les sciences religieuses, notamment

ce qui est relatif au commentaire du Coran et des hadiths ; il l’éduqua

également dans l’art oratoire. Devant les états spirituels inaccoutumés qui,

parfois, se manifestaient en Farmadi, et à cause du feu de l’amour de Dieu

et du Tasawwuf allumé dans le cœur d’Abû Saïd Abû’l Khayr, Qushayri

l’encouragea à s’adresser vers un type de compréhension non fragmentaire.
Un jour, Abû Ali, étant allé acquérir profondeur de science et solidité de

connaissance spirituelle, fut témoin d’un évènement extraordinaire qui le secoua.

Toute intention dans ses études était de prendre des notes, en trempant de temps

en temps la plume dans l’encrier. Alors qu’il écrivait, la pointe resta blanche

bien que l’encrier fût plein. En immergeant de nouveau la plume dans l’encre

et en la retirant plusieurs fois, le résultat était toujours le même. Alors, un sentiment

de terreur s’empara de lui et il courut vers son maître Qushayri. A l’écoute

de ce qui s’était passé, le grand Soufi s’exclama :
« Tu m’as maintenant surpassé. Le savoir extérieur t’a laissé et, à juger par la main

qui se retire, toi aussi tu l’as abandonné. Désormais, pense à ton âme en la faisant

parvenir à la maturité spirituelle et à éteindre l’incendie qui éclate en toi. »

A la suite de cet évènement, Abû Ali quitta la madrasa et s’établit dans

le tekke de Qushayri. Après y être resté un certain temps, se succédèrent

quelques faits qui convainquirent Abû Ali de quitter sa terre natale

pour Nishapur et Tus. Là, il rencontra Abû’l Qasim Gurgani et entra à son service.

Près de lui, il se consacra à l’ascétisme et à la lutte contre les tendances

inférieures de son âme en portant à l’accomplissement son parcours spirituel initiatique.

Le Shaykh lui confia le devoir d’enseigner le rite du dhikr collectif ; son successeur

le nomma dans la chaîne des Maîtres et lui donna en outre comme épouse sa propre fille.
D’Abû’l Qasim Gurgani, Farmadi reçut ainsi le raccordement à la silsila Naqshbandi

sur la branche Haydari ; puis elle fut aussi insérée dans la branche Sidiqqi

par l’intermédiaire d’Abû’l Hasan al-Kharaqanî. Ainsi, de cette manière,

les deux branches s’unirent en se fondant l’une dans l’autre. Il mourut pendant

le mois de Rabi’al-Awwal de l’an 477 de l’Hégire, ce qui correspond au mois

de juillet de l’an 1084 de l’ère chrétienne.

Abû Ali al-Farmadi fut très apprécié, à l’époque, pour la subtilité de ses conseils

et de sa méthode d’enseignement initiatique ; pour la perfection de ses qualités

et sa manière d’agir. De son vivant, même au Khorasan, le « Maître des Maîtres »

était surnommé « la Langue du Khorasan ».
Le fameux grand vizir seldjoukide Nizâm al-Mulk, qui nourrissait un profond respect

pour le Maître et les savants les plus experts de l’époque, fut son plus grand admirateur.

Lorsque se présentait à lui un savant ou un Shaykh comme Juwayni ou Qushayri,

Nizâm al-Mulk avait coutume de se lever devant eux ; mais, quand il s’agissait

d’Abû Ali al-Farmadi, il lui cédait directement sa place. Lui ayant demandé la raison

d’un tel respect, Nizâm al-Mulk répondit :
« Les autres hommes de science et les Maîtres me couvrent d’éloges, et cela fait beaucoup

plaisir à mon ego. Farmadi, au contraire, non seulement ne me loue pas mais il me rappelle

mes erreurs, mes défauts et mes fautes ; il me secoue ainsi pour que je puisse demeurer

dans le droit chemin. Pour ma part, je tâche de lui montrer gratitude et respect

pour ses paroles qui me font du bien. »

Les sermons d’Abû Ali al-Farmadi étaient très beaux, car il exposait de manière

sublime et efficace ce qu’il avait appris de son Maître Qushayri, expert dans la science

traitant du commentaire du Coran. En écoutant ses discours et sohbets, on avait presque

la sensation de se trouver dans un jardin de roses.
Abû Ali était l’un de ceux qui tâchaient d’aider les autres en se mettant à leur disposition.

C’est la raison pour laquelle il n’eut pas d’égal en matière de service rendu au Maître

et à ses confrères. Dans ce domaine, il fut supérieur à tous en termes de sagesse

et de sagacité puisque pour aider les autres, un choix attentif est nécessaire concernant

le temps et les lieux afin que cette manière d’agir soit vraiment efficace. Grâce à sa perspicacité,

il attira sur lui la bénédiction et les prières du Maître. Une fois, en effet, en devinant

que le Shaykh avait besoin de boire car il se trouvait dans un hammam, spontanément

et sans que le Maître lui eût demandé quoi que ce soit, il lui apporta l’eau régénératrice

jusqu’à sa porte et lui en offrit avec délicatesse. S’étant rendu compte de sa grande finesse d’âme,

le Shaykh pria pour lui de cette façon :
« Avec ton acuité et ta grande capacité de comprendre le vrai sens du service à l’égard d’autrui,

tu as obtenu en un seul coup ce que j’ai personnellement réalisé en soixante- dix ans.

Puisse Allah te faire obtenir des états spirituels encore plus élevés. »

Au-delà des sciences du hadith et du Tasawwuf, Abû Ali al-Farmadi était aussi

une autorité en matière de droit islamique, avec une considération particulière

pour l’école Shaféite. Pour ce motif, il fut le Maître de l’imam Ghazali aussi bien

dans le Tasawwuf que de la science traitant du droit. Fondamentalement, on assigna

à Abû Ali al-Farmadi le devoir de faire le pont entre Qushayri et Ghazali.

Il n’a pas laissé d’œuvres écrites ; cependant, en tant qu’artisan du mûrissement de Ghazali,

il a fait de ses deux personnages un pont, car ces derniers développèrent de manière systématique

les bases du Tasawwuf sunnite.
Dans le « Ihya » de Ghazali, le Shaykh Abû Ali al-Farmadi est parfois mentionné

quand il s’agit du thème portant sur l’éducation du disciple par le Maître et du respect

dû à son égard. En effet, à propos des rêves faits par le disciple qui revoit les choses dont

il s’est occupé durant la journée, Ghazali rapporte ces paroles d’Abû Ali al-Farmadi :
« Le disciple doit non seulement être respectueux lorsqu’il parle avec son Maître,

mais il doit également ne pas être rebelle à ses paroles, même en son for intérieur.

Une fois, en effet, je racontai à mon Shaykh Abû’l Qasim Gurgani que je l’avais vu

en rêve au moment où il me disait quelque chose, et que je lui avais objecté :

‘Pourquoi me parles-tu de cette façon ?’. Pendant un mois, le Maître resta vexé

après moi et, lorsque je lui en demandai la raison, il me répondit : ‘Si tu n’avais pas

eu ces sentiments de rébellion vis-à-vis de ce que je t’avais dit et que tu te fusses

confié à moi de manière sincère, tu n’aurais pas pu réagir de telle manière, même en rêve’. »

Le premier Maître d’Abû Ali fut Abû Saïd Abû’l Khayr, à l’occasion de son voyage

à Tus durant lequel il reçut la bonne nouvelle qu’il parlerait avec éloquence

de la grandeur de la Voie. Le Shaykh Abû’l Qasim Gurgani le nomma par la suite

son représentant, avec des pouvoirs d’initiation et de direction ; lui ayant conféré l’irshad,

il l’ouvrit au monde de l’Esprit. Puis après avoir connu Abû’l Hasan al-Kharaqanî,

maillon de la chaîne Siddiqiya, Farmadi devint son assistant. Finalement, avant de mourir,

son successeur se nomma Yusuf al-Hamadani.



Qu’Allah ait miséricorde de lui

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1. Khorasan : région orientale de l’Iran, aux confins de l’Afghanistan.


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Sources: "Mu’jam al-buldan", IV, pag.228-229; "Nafahat al-Uns",

(trad. en turc de Lamii Çelebi, pag.402-404; Ghazali, "Ihya", VI, pag.328;

"Siyar A'lam Al-Nubala", XVIII, Pag.565-566; Ibnu'l-Esir, "Al-Lubab" II, Pag.405;

"Al-Hadaiq al-Wardiyya", pag.71-72; "Ad-Durar an-Nadid", pag.24-25;

"Irgam-ul-Marid", Pag.48-49; "Hadiqat al-Awliya", II, pag. 12-14;

"Irgam-ul-Marid", trad. en turc, pag.62-64

 

 

 

 

 


 

 

 


 
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