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La Sainteté, Moulay al-‘Arabî al-Darqâwî Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 La Sainteté,  Moulay al-‘Arabî  al-Darqâwî

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La Sainteté est une condition noble et seigneuriale ; c’est un degré élevé et suréminent. Elle rend perplexes les intelligences humaines, et seuls les plus forts et les plus subtils parviennent à l’atteindre — que Dieu ne les fasse pas disparaître de ce monde. Comment donc en irait-il autrement ? En effet, le Saint (walî) n’est autre que celui qui est pris en charge (tawallâ) par Dieu, qui recouvre ses attributs et caractéristiques par les Siens, c’est-à-dire qui remplace son impuissance par Sa puissance, sa faiblesse par Sa force, sa pauvreté par Sa richesse, son abaissement par Sa gloire, son ignorance par Sa science, etc. Ainsi, nul ne doit ignorer l’importance de la Sainteté ou négliger les Saints. Chacun se doit de la connaître afin que son aspiration spirituelle et son cœur s’élèvent.

Nous voyons que pour la plupart des gens, les plus grands Saints sont, d’une part, les fous de Dieu dont le ravissement ne s’accompagne pas d’un cheminement méthodique et, d’autre part, les ascètes qui s’astreignent à de nombreux actes. Mais les choses ne sont pas telles qu’ils se l’imaginent, car le ravissement, c’est la Sainteté ; or, il ne saurait coexister avec l’effort ascétique (mujâhada) car il représente une énergie, tandis que l’effort ascétique en représente une autre, et comme nous l’avons dit souvent, l’énergie ne peut être investie dans deux directions à la fois — peut-être que quelqu’un m’entendra, me suivra et réussira. Il faut dire aussi que le ravissement est une Réalité spirituelle enivrante tandis que le cheminement est une sharî‘a de lucidité ; or, l’homme de la Réalité spirituelle est voilé par celle-ci de la Loi révélée (sharî‘a), de même qu’il est voilé par la Loi révélée de la Réalité spirituelle, comme Ibn ‘Atâ’ Allâh l’a dit dans ses Paroles de sagesse : « L’homme de la Réalité spirituelle a perdu conscience de la création du fait de sa contemplation du Roi de Vérité, et s’est éteint aux causes secondes parce qu’il observe Celui qui les met en œuvre : c’est un serviteur qui est en présence de la Réalité spirituelle, dont l’éclat se voit extérieurement sur lui, qui a cheminé sur la Voie et en a atteint le terme, si ce n’est qu’il s’est noyé dans les lumières et ne perçoit aucune trace des créatures ; l’ivresse a pris le pas chez lui sur la lucidité, de même que l’union sur la distinction, l’extinction sur la subsistance, l’absence sur la présence. »

Quant à moi, je dis que c’est ainsi que notre Suzeraine ‘Â’isha s’enivra au point qu’elle perdit conscience des créatures, puisqu’on rapporte qu’elle s’exclama : « Par Dieu, je ne remercierai que Dieu[1] ! » Cependant, elle redevint aussitôt lucide et retourna à l’état de perfection qui était le sien, c’est-à-dire l’état dans lequel se conjoignent l’ivresse et la lucidité, la Loi révélée et la Réalité spirituelle, le ravissement et le cheminement, l’extérieur et l’intérieur, ou encore la présence et l’absence : c’est l’état des parfaits. Dans ses Paroles de sagesse[1], l’éminent Shaykh Sîdî Ibn ‘Atâ’ Allâh dit ceci : « Plus parfait que le précédent est le serviteur qui, en buvant, est devenu encore plus lucide, et en s’absentant, est devenu encore plus présent : son union ne le voile pas de sa distinction, ni l’inverse, de même que son extinction ne le détourne pas de sa subsistance (baqâ’), ni l’inverse : il donne à chaque chose la part qui lui revient et s’acquitte complètement de ses devoirs à l’égard de tous ceux qui ont un droit sur lui. »

 

La Sainteté,  Moulay al-‘Arabî  al-Darqâwî  

Extrait des Rasails ou Lettres sur la voie spirituelle , Ed. La Caravane

 
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