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Ibn 'Arabî : Sur Abû Bakr et la Station de la pure servitude Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Califes-rashidûnTel fut le cas (1) d’Abû Bakr as-Siddîq – qu’Allâh soit satisfait de lui ! – avec le Prophète – sur lui la grâce et la paix ! – quand celui-ci mourut. Ce jour-là, tout le monde fut profondément troublé et se mit à dire ce qu’il eût mieux valu ne pas entendre ! Tout le monde fit apparaître son incapacité et son manque de connaissance de l’Envoyé d’Allâh qu’il était censé suivre, à la seule exception d’Abû Bakr, dont l’état demeura inchangé en toute circonstance, car il savait ce qu’il en était, et la vérité profonde de ce qui se passait vraiment. Il monta donc sur le minbar et récita le verset : « Muhammad n’est rien d’autre qu’un envoyé (divin). Les (autres) envoyés sont passés avant lui. S’il meurt ou est tué, retournerez-vous sur vos pas ? Celui qui retournera sur ses pas ne nuira à Allâh en rien ; et Allâh récompensera ceux qui auront été reconnaissants. » (Cor. 3, 144) (2). En l’entendant, tous ceux qui avaient été la proie de leur illusion revinrent à eux : c’est à ce moment que les gens prirent conscience de l’excellence d’Abû Bakr sur le reste de la communauté (islamique) (3) ; c’est par là aussi qu’il se montra digne de l’Imâmat et de la préséance (4). Ceux qui lui prêtèrent alors le serment d’allégeance ne le firent pas sans raison. Seuls ne le prêtèrent pas ceux qui étaient demeurés dans l’ignorance à son sujet et, par là même, dans l’ignorance au sujet de l’Envoyé d’Allâh (5); ceux qui s’appuyaient uniquement sur leurs vues et leurs interprétations individuelles (car s’ils avaient été plus attentifs, ils se seraient souvenus du fait que), durant sa vie, l’Envoyé d’Allâh avait lui-même rendu témoignage de l’Excellence d’Abû Bakr au sein de la communauté en mentionnant « un secret fixé dans sa poitrine » (6). C’est ce secret qui, en ce jour, manifesta son pouvoir, et il s’agit uniquement de ce que nous venons de rappeler, à savoir la réalisation de la Station de la Servitude (maqâm al-‘ubûdiyya) à son degré parfait (7), sans aucun défaut, tant pour ce qui le concernait lui-même que pour ce qui concernait l’Envoyé d’Allâh. Celui-ci savait bien qu’Abû Bakr as-Siddîq demeurait avec Celui auquel lui-même appelait (les hommes), Allâh (le Très-Haut) ; il n’était pas avec lui (c’est-à-dire avec le Prophète), sinon en ce sens qu’il « voyait » que le discours que Dieu lui adressait – gloire à Sa transcendance ! – lui était communiqué par la bouche de l’Envoyé d’Allâh ; et cela pour tout discours qu’il entendait de sa part ; et même davantage : pour tout ce que Dieu lui communiquait directement, car Il lui avait donné une balance (mîzân) qui lui permettait de juger ce qu’il devait accepter du Discours (divin) et ce qu’il devait repousser (8).

Nous avons l’espoir, si Allâh le veut, que notre Station initiatique sera celle-là ; qu’Il n’en fasse pas une prétention infondée (9) car, quant à moi, j’ai eu le goût de cette Station. Je l’ai goûtée d’un goût sans mélange et en ait acquis la connaissance par moi-même (10). De tous ceux qui m’ont précédé dans le temps, je ne l’ai entendue de la part de personne, en dehors d’Abû Bakr as-Siddîq, à la seule exception d’un Initié (min ar-rijâl) mentionné dans la Risâla de Qushayrî, car on rapporte de lui cette parole : « Si les gens se rassemblaient pour faire descendre mon âme au degré d’abaissement où je l’ai mise, ils seraient incapables de le faire ». Un tel propos ne peut être tenu que par celui qui a goûté la saveur de la servitude, et par nul autre. Lorsqu’une assemblée (jamâ’a) eut témoigné en ma faveur que j’étais comparable à ce qu’était Abû Bakr as-Siddîq parmi les Compagnons (11), j’ai su qu’il ne pouvait s’agir que de la Station de la pure Servitude (al-‘ubûdiyyat al-mahda) ; qu’Allâh en soit loué et remercié ! Qu’Allâh accorde à celui qui m’a vu une seule fois dans sa vie cette qualification (de pure servitude) ; qu’elle soit présente dans son âme en ce monde et dans la vie future ! Le « maître du blanc et du noir » a dit dans son livre à propos d’un Initié : « le Connaissant est celui dont le visage est noir dans ce monde et dans l’autre ». S’il faisait allusion à lui-même, c’est qu’il maîtrisait cette Station ; s’il tenait cette parole d’un autre, sans que ce soit sa qualification personnelle, il a tout de même accompli pleinement (pour ce qui le concerne) ce pourquoi l’homme a été créé, car le Très-Haut a dit : « J’ai créé les hommes et les jinns uniquement pour qu’ils M’adorent » (Cor.51, 56), c’est-à-dire : (pour que l’homme Me serve) extérieurement et intérieurement (12) ; Il ne leur a donné aucune part dans (la Station de) la seigneurie. C’est ainsi qu’il convient que l’homme soit en lui-même : il doit réaliser (en toutes circonstances) le droit de Celui pour qui il a été créé ; s’il ne le fait pas, il n’est qu’un « animal raisonnable » (13). Et Allâh dit le Vrai et indique la Voie ».

(1) [Ce passage fait suite au passage dans lequel le disciple (at-tilmîdh) qui a réalisé la « la Station de la Servitude (maqâm al-‘ubûdiyya) à son degré parfait » à l’instar de  son Cheikh ne voit plus chez celui-ci « que l’aspect divin (jânib al-Haqq) parce que celui-ci fait de même : c’est de lui que ce disciple tire la Connaissance, mais il s’en remet à Allâh, non au Cheikh. Le disciple ne cesse de porter la plus grande attention à ce que le Cheikh dit dans son intérêt en toute circonstance : les ordres qu’il lui donne, les défenses qu’il lui fait, les sciences qu’il lui communique pour son bénéfice ; tout cela, le disciple l’accepte de la part d’Allâh (qui s’exprime) par la langue de ce Cheikh. Le disciple apprend ainsi, par son Cheikh, ce que celui-ci sait à son propre sujet : à savoir qu’il est le lieu de la manifestation des décisions qui émanent de la seigneurie (divine) (mahall jaryân ahkâm ar-rubûbiyyah). De là, si le Cheikh meurt, nul autre que ce disciple ne prendra sa place, car il est seul à connaître l’état (véritable) de son maître. » (trad. Ch.A. Gilis)]
(2) [Trad. du verset : wa mâ muhammadun illâ rasûlun qad khalat min qablihi ar-rusulu, afa-iyna mâta aw qutila ‘nqalabtum ‘alâ a’qâbikum, wa man yanqalib ‘alâ ‘aqibayhi fa-lan yadurra-Llâha shay’an wa yajzî Allâha ash-shâkirîn].
(3) [Trad. de la phrase : wa ‘arafa-n-nâs hîna-idhin fadla Abî Bakr ‘alâ-l-jamâ’ah].
(4) [Trad. de la phrase : fa-stahaqqa-l-imâmah wa-t-taqdîm].
(5) [Trad. de la phrase : illâ man jahala minhu mâ jahala aydan min rasûli-Llâh].
(6) [Trad. de la phrase : as-sirr al-ladhî waqara fî sadrihi. Autre témoignage de l’Envoyé d’Allâh – sallallâh ‘alayhi wa sallam –  sur l’excellence (fadl) d’Abû Bakr au sein de la communauté est sa parole : « Si je devais prendre un intime ce serait Abû Bakr, mais votre compagnon est l’intime d’Allâh. » ; Law kuntu muttakhidhan khalîlan la’attakhadhtu abâ bakra khalîlan lakinna sâhibakum khalîlu-Llâh (Hadîth cité par Ibn ‘Arabî dans le chap. 359 des Futûhât, Cf. par exemple, Edition de Dâr Sâder, T5, p.310)].
(7) [Il s’agit finalement du maqâm al-‘ubûdah].
(8) [Dans un commentaire du traducteur à la suite de la traduction : « Les termes yaqbulu (accepter) et yaruddu (refuser) sont ceux d’un langage technique relatif à la question de l’authenticité des hadîths. La « balance » dont il s’agit implique la capacité de confirmer l’autorité d’un hadîth dont la transmission est faible ou, au contraire, d’infirmer un hadîth dont la transmission est forte. C’est là un privilège inhérent à la réalisation suprême et à une « proximité divine…»].
(9) [Trad. de la phrase : wa lâ yaj’alhâ da’wâ ghayr sâdiqah].
(10) [Trad. de la phrase : fa-innî dhuqtu hâdhâ-l-maqâm dhawqan lâ mizâja fîhi a’rifuhu min nafsî].
(11) [Trad. de la phrase : ‘alâ qadami Abî Bakr as-Siddîq mina-s-sahâbah. Le symbolisme des pieds est en relation avec la Voie initiatique (tarîqah) comme l’avait affirmé le Cheikh Muhammad Amîn al-Kurdî (mort en 1332/1914) – radiyallâh ‘anh – dans sonTanwîr al-qulûb : « On entend par l’expression « pied » (qadam) la sunnah (le chemin) et la tarîqah (la Voie) ».].
(12) Sur cette signification, cf. notre étude : Aperçus sur la Doctrine akbarienne des jinns, p.21-22.
(13) Insân hayawân ; littéralement : un homme-animal.

[Muhyî-d-Dîn Ibn ‘Arabî, al-Futûhât al-Makkiyyah, chap. 369 : « De la Connaissance de la Demeure des Trésors de la Générosité » Fî ma’rifat manzil mafâtîh khazâin al-jûd. Extrait traduit et noté sauf les annotations entre crochets […] par Ch. A. Gilis dans son livre « Tawhîd et Ikhlâs » p.199-202. Pour le texte en arabe, voir par exemple l’édition de Dâr Sâder, Beyrouth, 1424/2004, T6., p.89-90.]
source:  esprit-universel-over blog.com
 
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